Le Pont du Gard

Le pont du Gard est un pontaqueduc romain à trois niveaux, situé dans la commune de Vers-Pont-du-Gard, près de Remoulins, dans le département du Gard (France). Il enjambe le Gardon, ou Gard. Probablement bâti dans la première moitié du Ier siècle, il assurait la continuité de l’aqueduc romain qui conduisait l’eau d’Uzès à Nîmes. Les dernières recherches montreraient que son fonctionnement cessa au début du VIe siècle.

Au Moyen Âge, les piles du second étage furent échancrées et l’ouvrage fut utilisé comme pont routier. L’architecture exceptionnelle du pont du Gard attira l’attention dès le XVIe siècle, qui dès lors bénéficia de restaurations régulières destinées à préserver son intégrité. Un pont routier lui fut accolé en 1743-1747. Plus haut pont-aqueduc connu du monde romain, il a été classé monument historique en 18401 et inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco en décembre 19852. Le site a fait l’objet d’importants aménagements en 2000.

L’aqueduc romain de Nîmes

Le pont du Gard est la partie monumentale d’un aqueduc de près de 50 km de longueur (49 702 m), qui apportait l’eau de la Fontaine d’Eure, située au pied d’Uzès, jusqu’à la ville romaine de Nemausus, aujourd’hui Nîmes3. Les eaux de la source proviennent en partie de la rivière d’Alzon, qui passe par les environs d’Uzès, et des eaux récoltées du mont Bouquet, situé plus près d’Alès. L’aqueduc proprement dit est un chef-d’œuvre d’ingénierie, témoignage de l’extraordinaire maîtrise des constructeurs anciens : le dénivelé entre les points de départ et d’arrivée n’est que de 12,6 m, la pente moyenne générale étant de 24,8 cm par km. À cause du relief, l’aqueduc serpente à travers les petites montagnes et vallées des garrigues d’Uzès et de Nîmes4.

L’aqueduc de Nîmes a sans doute été construit au Ier siècle de notre ère, comme en atteste la céramique. Des tunnels datant de l’époque d’Auguste ont dû être contournés, ce qui montre que la construction de l’aqueduc est postérieure, et les monnaies retrouvées dans les réservoirs de la ville de Nîmes, où étaient recueillies les eaux de l’aqueduc, ne sont pas antérieures au règne de l’empereur Claude (41-54). On pense donc que la construction de l’aqueduc dont fait partie le pont du Gard doit se situer entre les années 40 et 605.

Son débit moyen a été estimé à 40 000 mètres cubes d’eau par jour2. L’eau courante mettait une journée entière pour parvenir par gravité de son point de captage jusqu’à l’ouvrage de répartition, sorte de château d’eau appelé castellum divisorium, encore visible rue de la Lampèze à Nîmes. Nemausus possédait un certain nombre de puits, ainsi qu’une source proche : la construction de l’aqueduc ne relevait donc pas d’une nécessité vitale, mais plutôt d’un ouvrage de prestige, destiné à l’alimentation des thermes, bains et autres fontaines de la ville.

Dès le IVe siècle cependant, l’entretien commença à faire défaut, tandis que des dépôts calcaires occupaient les deux tiers, parfois les trois quarts, de la conduite. On estime à présent qu’il avait cessé de fonctionner au commencement du VIe siècle, à l’époque où, suite à la bataille de Vouillé, les Francs prirent le contrôle de la région d’Uzès, tandis que les Wisigoths se maintenaient à Nîmes : on a retrouvé des céramiques contemporaines dans les couches d’abandon, et l’aqueduc servit alors de carrière de pierre (des concrétions détachées des parois du canal ont été utilisées par les riverains pour leurs propres constructions et pour couvrir des sarcophages du cimetière de Saint-Baudile à Nîmes)6.

Architecture du pont du Gard

Description[modifier]

Construit sur trois étages avec les pierres extraites sur les lieux mêmes dans les carrières romaines environnantes, le sommet du pont domine le GardNote 1, en basses eaux, à 48,77 m de hauteur, et, sur sa plus grande longueur, l’ouvrage mesure actuellement 275 m.

  • Étage inférieur : 6 arches, 142,35 m de longueur, 6,36 m de largeur, 21,87 m de hauteur.
  • Étage moyen : 11 arches, 242,55 m de longueur, 4,56 m de largeur, 19,50 m de hauteur.
  • Étage supérieur : 35 arches, 275 m de long, 3,06 m de largeur, 7,40 m de hauteur. Cet étage a perdu 12 arches, et mesurait initialement 360 m ; il était précédé d’une culée de 130 m de long ; à l’origine de cette culée a été découvert en 1988 un ouvrage de régulation7. Les arches avaient 16 pieds romains d’ouverture (4,75 m), tandis que les piles avaient environ 10 pieds sur 10 (3 m).
  • Conduite : 1,80 m de hauteur, 1,20 m de largeur, pente de 0,4 %.

L’observation de la face interne des piliers en grand appareil du deuxième étage du pont révèle le travail des bâtisseurs romains : techniques de taille des blocs (traces de coup d’escoude) et techniques de construction (blocs posés en carreau et boutisse et blocs saillants pour la mise en place des échafaudages). En s’approchant, on constate la précision des assemblages : chaque bloc était lié aux autres par ciselage des joints sur place.

De nombreuses traces et gravures parsèment la surface du pont. Ce sont des marques d’assemblage indiquant la place des claveaux de voûtes, par exemple, « FRS II » (frons sinistra II, c’est-à-dire « face gauche 2 ») ou des symboles comme le « phallus », symbole apotropaïque (c’est-à-dire « servant à détourner des influences maléfiques »), ou bien encore des marques diverses laissées par les bâtisseurs de toutes époques pour qui le pont du Gard était l’étape obligée.

Le pont présente une courbure convexe de ses étages supérieurs du côté amont. Cette déformation a longtemps été attribuée à la volonté des constructeurs d’assurer la résistance de l’ouvrage, comme on le ferait pour un barrage-voûte. Suite à des mesures de micro-topographie exécutées en 1989, on l’interprète à présent comme le résultat d’une dilatation diurne sous l’effet de l’ensoleillement, qui provoque un déplacement d’environ 5 mm ; les pierres retrouvent leur place au cours de la nuit. La répétition de ce phénomène au cours des siècles aurait conduit à la forme actuelle du pont8.

Construction

Le pont a été entièrement construit à sec, c’est-à-dire sans l’aide de mortier, les pierres — dont certaines pèsent six tonnes — étant maintenues par des tenons de chêne. Seule la partie la plus élevée, à la hauteur du canal, est faite de moellons liés au mortier9. Le calcaire coquillier est issu de la carrière de l’Estel située à environ 700 m en aval du monument, au bord du Gardon10. Ce matériau, connu localement comme « pierre de Vers », présente une texture assez grossière, se prêtant très bien à la taille.

Sur place, les blocs étaient montés grâce à une cage à écureuil dans laquelle les ouvriers prenaient place, apportant la puissance nécessaire au treuil. Un échafaudage complexe fut érigé pour soutenir le pont pendant la construction, dont les faces portent toujours les marques : on distingue un peu partout les appuis d’échafaudages et, sur les piles, les arêtes saillantes qui soutenaient les assemblages de bois semi-circulaires destinés au maintien des voûtes. On suppose que la construction a duré de trois à cinq ans (une quinzaine d’années pour l’ensemble de l’aquaduc de Nîmes), avec 800 à 1 000 ouvriers sur le chantier. On a évalué à 11 000 000 le nombre de blocs de pierre utilisés et à 50 400 tonnes le poids de l’ensemble. Chacune des grandes voûtes est constituée de voûtes indépendantes accolées (quatre à l’étage inférieur, trois au second étage), ce qui donne à l’ensemble la capacité de résister aux légers mouvements et tassements inévitables avec le temps. Cette partition de la voûte en anneaux indépendants ne se rencontre qu’en Narbonnaise, par exemple aux ponts romains de Sommières, Boisseron, Ambrussum, Nages-et-Solorgues.

L’aqueduc situé au troisième niveau a un plancher constitué de mortier et de cailloux et des parois en moellons. Sa taille permettait à un homme d’en assurer aisément l’entretien. L’étanchéité est assurée par un mortier de tuileau, de couleur rougeâtre.

Source : Wikipédia

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